Après l’appel à « l’asile scientifique » d’Emmanuel Macron, les chercheurs américains sont « reconnaissants mais pas convaincus »

Soutenu par Barack Obama, Emmanuel Macron drague ouvertement les scientifiques américains qui ont fait du changement climatique l’objet de leurs travaux de recherche. « A ceux que la décision du président des Etats-Unis a déçus, vous trouverez dans la France une seconde patrie », a notamment déclaré le Président français dans une courte allocution reprise par l’AFP. Une initiative relayée massivement sur les réseaux sociaux et abondamment commentée par les acteurs majeurs de l’Accord de Paris. « Proposer une solution pour conserver les savoir-faire américains en hébergeant des chercheurs de haut niveau pendant quelques années en espérant qu’ils puissent retrouver des conditions de travail décentes par la suite aux Etats-Unis me semble une urgence majeure », souligne la climatologue française Valérie Masson-Delmotte. Si certains voient en l’invitation d’Emmanuel Macron un coup médiatique « à la Justin Trudeau », d’autres évoquent la volonté du Président français de capter les avancées technologiques américaines en matière d’énergies renouvelables, un domaine dans lequel la France entend bien jouer les premiers rôles dans les années à venir…

Reconnaissants, les scientifiques américains restent sceptiques quant à un éventuel « asile »

L’appel du 1er juin a eu un certain retentissement outre-Atlantique, à fortiori quand on sait qu’Emmanuel Macron n’en est pas à son coup d’essai. En février, alors qu’il était encore candidat En Marche ! pour les présidentielles, le nouveau locataire de l’Elysée avait invité les chercheurs et universitaires américains à venir s’installer dans l’Hexagone. La France deviendra-t-elle la Terre Promise des chercheurs ? Rien n’est moins sûr. En effet, l’appel à l’asile scientifique a reçu un accueil plutôt mitigé. « Pour la plupart d’entre nous, partir pour la France est plus facile à dire qu’à faire », explique Michael Halpern, directeur adjoint du Centre pour la Science et la Démocratie à Washington. « Ce n’est pas comme si on pouvait du jour au lendemain embarquer un satellite de la Nasa et l’installer en France comme ça ». Pour Peter Frumhoff, chercheur spécialisé dans le changement climatique et professeur à Harvard et Stanford, la communauté scientifique américaine vit « des temps difficiles » et apprécie « toute démonstration de soutien ». Néanmoins, il souligne l’importance de rester aux Etats-Unis pour « continuer à travailler et informer (les) citoyens sur les effets du changement climatique ».

Pas d’arrivée en masse des cherches américains, mais un signal fort pour la collaboration

Dans l’Hexagone, la communauté scientifique est partagée quant au « sérieux » de l’appel d’Emmanuel Macron. « Il va les payer avec quoi les Américains ? Et comment va-t-il financer leurs recherches ? », se demande Cécile Berne, chercheuse en microbiologie à l’université de l’Indiana. Pour Guillaume Charrière, chercheur en biologie moléculaire à l’université de Montpellier et lauréat de Harvard, « les séjours de deux à trois ans en France sont tout à fait réalistes », bien que le système académique français reste « relativement différent et difficile à intégrer pour un Américain ». Jean-Noël Poirier, chercheur dans la technologie du climat aux Etats-Unis chez Inventec Performance Chemicals depuis 17 ans, estime que le l’appel d’Emmanuel Macron « ne se traduira pas par une arrivée en masse des chercheurs américains en France ». Et de poursuivre : « On peut imaginer une autre sorte de partenariat, dans lequel la technologie américaine trouverait des investisseurs en France ou en Europe ». Après le durcissement de la politique d’immigration des Etats-Unis et les échos sur la réforme imminente de l’ESTA (que vous pouvez obtenir ici), le président Trump poursuit ses décisions impopulaires en Europe avec la concrétisation de son « scepticisme climatique ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *